Rapport scientifique des Nations Unie

Le trou d’ozone n’augmente plus mais des questions demeurent

11 sept. 2014 | MICHAEL HAGMANN
La production et la consommation des substances qui détruisent la couche d’ozone sont réglementées depuis 1987 par le Protocole de Montréal. Depuis, huit rapports d’experts internationaux qui décrivent l’état de la couche d’ozone et sa mise en danger à l’avenir ont été publiés. Le dernier rapport – auquel des scientifiques de l’Empa ont apporté une contribution significative – a été présenté le 10 septembre au siège de l’ONU à New York.
/documents/56164/256671/a592-2014-09-11-b0x-stopper+Ozonloch.jpg/e4250146-024c-4b04-9c5b-8d37bdbfc7df?t=1448303169437
 

Source image: «Keystone»

 
Après la découverte en 1974 de l’impact des chlorofluorocarbures (CFC) sur la couche d’ozone stratosphérique, la publication en 1985 de mesures effectuées par satellite a surpris le monde entier. On avait en effet découvert au-dessus de l’antarctique un trou béant dans la couche d’ozone qui protège le globe terrestre du rayonnement ultraviolet cancérigène. En 1987 déjà, des gouvernements du monde entier signaient un accord international, appelé protocole de Montréal, interdisant les substances destructrices de la couche d’ozone, principalement les CFC. Aujourd’hui, tous les États du monde entier, soit 197 États, ont ratifiés cet accord. Une série de rapports scientifiques accompagnent depuis lors ce programme de protection de la couche d’ozone. Le huitième de ces rapports a été présenté le 10 septembre à New York lors d’une conférence de presse commune de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). Le chercheur de l’Empa Stefan Reimann a contribué significativement à ce rapport en tant que Lead Author.
 
La couche d’ozone se rétablit lentement à son niveau de 1980
Le trou dans la couche d’ozone se rouvre chaque année en septembre au-dessus de l’Antarctique. Toutefois, au contraire de ce qui était le cas dans les années 80 et 90, il ne grandit plus ; il est demeuré inchangé depuis le début du millénaire. Il existe même quelques indices d’une lente amélioration de la situation. Des modélisations montrent qu’en 2050, la couche d’ozone pourrait avoir retrouvé l’état qu’elle avait en 1980. Comme attendu, on constate une diminution des concentrations atmosphériques de la majorité des substances destructrices d’ozone (principalement les CFC) mentionnées dans le Protocole de Montréal. C’est ce que permettent de vérifier des mesures sur de nombreuses années effectuées entre autres au Jungfraujoch. Les émissions mondiales des HCFC, eux aussi destructeurs d’ozone et utilisés par le passé pour remplacer les CFC, se sont stabilisées à un niveau élevé et vont diminuer dans le futur.
 
À la surprise générale, on vient de détecter dans l’atmosphère de «nouveaux» CFC qui n’ont jamais été produits à l’échelle industrielle mais qui peuvent s’échapper comme sous-produits lors de processus de production. Les concentrations de ces substances sont toutefois 100 à 1000 fois moins élevées que celles des destructeurs d’ozone classiques. Le fait que ces substances puissent être détectées très rapidement après leur émission montre bien l’efficacité des réseaux de mesure mondiaux de la pollution atmosphérique. Ces réseaux de mesure fonctionnent comme systèmes d’alerte précoce et assurent que les émissions de substances potentiellement dangereuses puissent être détectées le plus rapidement possible. Les CFC, encore présents par exemple dans les mousses isolantes et dans les équipements de réfrigération, constituent une menace résiduelle significative pour la couche d’ozone. Lors du recyclage de ces produits et installations dans le monde entier, il est important de récupérer ces CFC pour les détruire par incinération sinon ils endommageraient davantage la couche d’ozone que toutes les autres substances appauvrissant la couche d’ozone encore produites.
 
Alors que les destructeurs d’ozone classiques disparaissent lentement, les quantités d’hydrocarbures fluorés (HFC) qui sont utilisés en remplacement des substances destructrices de la couche d’ozones depuis une vingtaine d’années, augmentent d’environ 7 pour-cent par année. Ces substances ne sont pas nuisibles pour la couche d’ozone mais elles ont un potentiel d’effet de serre très élevé. Elles contribuent ainsi significativement au réchauffement climatique et devraient elles aussi être remplacées. En outre, les nouvelles substances de remplacement au potentiel d’effet de serre minimal soulèvent elles aussi des questions. Ainsi le HFO-1234yf destiné à être utilisé comme réfrigérant dans les climatisations des nouvelles voitures. Cette substance se transforme dans l’atmosphère en acide trifluoroacétique qui ne se décompose pas dans la nature et s’enrichit ainsi dans l’environnement.
 
Des écarts préoccupants par rapport aux valeurs attendues
Lors des contrôles périodiques des données du réseau de mesure des gaz en traces dans l’atmosphère, les chercheurs ont constaté des écarts significatifs par rapport aux valeurs attendues, comme le mentionne le rapport de l’UNEP. C’est ainsi, par exemple, que la concentration du gaz destructeur d’ozone qu’est le tétrachlorométhane ne diminue pas, comme attendu, de quatre pour-cent mais seulement d’un pour-cent par année et cela bien que cette substance ne soit depuis longtemps autorisée que pour des utilisations comme produit intermédiaire ne générant en principe que des émissions insignifiantes. Les données de mesure laissent présumer que ces émissions ne proviennent pas de l’Europe ni de l’Amérique du Nord.
 
 

Les illustrations peuvent être téléchargées sous https://flic.kr/s/aHsk2qU6Fr

 
 
 

Informations


Rédaction / Contact médias


 

Bibliographie
Scientific Assessment of Ozone Depletion, World Meteorological Organization, Geneva, Switzerland, 2014
Preprint for Public Release 10 September 2014