29e Apéro scientifique de l’Académie Empa

Les dangers de l’amiante – un problème de contamination

10 juil. 2006 | BEAT ASCHWANDEN
Durant des décennies, l’amiante, du fait de ses propriétés polyvalentes a été utilisé dans d’innombrables matériaux de construction. Lorsqu’il s’est avéré que ces fibres minérales incombustibles étaient dangereuses pour la santé, l’amiante a été interdit. Mais avec cette interdiction, le matériel déjà en place n’a pas simplement disparu. Très souvent on découvre encore aujourd’hui inopinément de l’amiante lors de travaux de transformation. A la fin du mois de juin, trois spécialistes se sont penché sur le thème de la contamination par l’amiante lors d’un Apéro scientifiques de l’Empa.
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Légende: Faisceaux de fibres d'amiante chrysotile sous le microscope polarisant

 

Longtemps l’amiante a été considéré comme un matériau miracle: il ne brûle pas, résiste à des nombreux composés chimiques agressifs, isole contre la chaleur, le froid et le bruit, il est facile à travailler et de plus bon marché – cette association unique de propriétés a fait de l’amiante durant des décennies un matériau très apprécié dans l’industrie et la technique. Toutefois après que l’on s’est aperçu que l’inhalation de poussière d’amiante était dangereuse pour la santé, l’utilisation de l’amiante a été interdite en Suisse en 1989. Cette interdiction n’a toutefois pas fait disparaître d’un jour à l’autre les produits renfermant de l’amiante. Aujourd’hui les problèmes d’amiante se concentrent sur la maîtrise des sites contaminés encore fort nombreux.

Des fibres minérales naturelles

«L’amiante est supérieur aux matériaux apparentés tels que la laine de pierre ou de verre non seulement par sa résistance à la chaleur mais aussi par l’élasticité et la résistance à la traction de ses fibres, ce qui permet de réaliser des tissus incombustibles», c’est par ces mots que le Dr. Michael Romer a fait l’éloge des bons côtés de ce matériau. Dans l’Antiquité déjà les propriétés étonnantes de ces fibres que l’on trouve à l’état naturel dans certaines roches silicatées étaient fort estimées. Les grecs ont donné à ce matériau le nom d’asbestos qui signifie indestructible, immortel et l’utilisaient pour fabriquer mèches de lampes à huile et des textiles incombustibles. Au siècle dernier, la production annuelle d’amiante atteignait plusieurs millions de tonnes qui servaient à la fabrication d’un grand nombre de produits techniques. Il existe au total six types différents d’amiante parmi lesquels l’amiante blanc à lui seul (nom minéralogique: chrysotile) représente plus des 90% de la consommation. A côté du chrysotile seul encore l’amiante bleu (crocidolite) et l’amosite (amiante brun) ont encore une importance économique.

 
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Exemples d’utilisation d'amiante faiblement liée: panneau de construction léger (en bas) et carton d’amiante (2x en haut)
 

La malignité des produit en amiante

La plus grande partie de l’amiante a été utilisée pour la production de matériaux de construction. Bien qu’ils aient été mis en place il y a bien longtemps, ces matériaux, du fait de leur longévité proverbiale se rencontrent souvent encore aujourd’hui. Et c’est précisément là que réside le danger, car l’endommagement de ces matériaux provoque la libération des fibres d’amiante qu’il renferme et qui peuvent alors pénétrer dans les poumons des personnes qui y sont exposées.

 

C’est la raison pour laquelle il existe un risque accru lors de la rénovation ou de la démolition des immeubles anciens. Le risque pour la santé ne découle pas seulement de la quantité d’amiante que renferme un produit mais bien davantage de la nature et du mode de sa liaison avec le matériau environnant. «Les matériaux isolants peu compacts tels que le carton d’amiante ou les panneaux légers dans lesquels l’amiante n’est que faiblement lié sont particulièrement problématiques» comme le souligne l’expert de l’Empa Michael Romer. De faibles sollicitations mécaniques peuvent ici déjà provoquer la libération de grandes quantités de ces microfibres redoutées. Au contraire de ces produits et aussi de l’amiante floqué, les produits où l’amiante est bien fixé comme le fibrociment – ou la vieille caisse à fleur – sont notablement moins problématiques aussi longtemps que l’on ne procède pas à des manipulations inadéquates en les cassant, en les sciant ou encore en les perçant.

La rénovation ou la démolition d’un bâtiment renfermant de l’amiante demande l’établissement préalable d’un concept d’élimination par des spécialistes qui tienne compte dès le départ de l’éventualité d’une libération d’amiante. Toutefois souvent la présence de matériaux renfermant de l’amiante n’est pas connue ou il n’existe que des indices d’une telle présence. Dans ce cas l’analyse des matériaux ou un check-up du bâtiment sont les premières étapes pour assurer un traitement correct des sites contaminés et éviter la mise en danger de la santé des personnes. Si les spécialistes sont dans le doute s’il y a ou non une contamination par l’amiante, ils peuvent s’adresser à l’Empa qui est en mesure d’effectuer de tels éclaircissements.

Le danger des microfibres

Pour le médecin du travail et expert de la SUVA, le Dr Martin Rüegger, une chose est claire: la libération et l’inhalation des fibres d’amiante représentent le danger proprement dit. Ce sont la stabilité chimique et la longévité de ces fibres qui en font du point de vue médical la cause principale des maladies observées. Et leur taille les rend aussi particulièrement dangereuses. Avec des diamètres d’une fraction seulement de celui d’un cheveu humain et des longueurs de plus de cinq micromètres, ces fibres peuvent pénétrer profondément dans les poumons – d’où leur désignation de fibres d’amiante respirables ou, en abrégé, FAR. Une fois arrivées là, du fait de leur forme (longues fibres) et de leur résistance chimique, le corps ne peut pas les décomposer, ni les neutraliser, ni les excréter.

Des conséquences à long terme dramatiques.

Suivant l’exposition, les microfibres inhalées peuvent s’accumuler durant des années dans les poumons et finalement provoquer des modifications chroniques des tissus pulmonaires. Il existe plusieurs types d’atteintes provoquées par l’inhalation de fibres d’amiante, soit les plaques pleurales, l’asbestose, le cancer des poumons et le mésothéliome malin. Le temps de latence, soit le temps qui s’écoule jusqu’à l’apparition des premiers symptômes est long et peut atteindre de 15 à 45 ans. Certes, selon la SUVA, les nouveaux cas d’asbestose ont diminués à environ 10 cas par année depuis l’interdiction de l’amiante; par contre les nouveaux cas annoncés de cancers malins, qui sont la conséquence à long terme de l’exposition à l’amiante, ont augmentés pour atteindre 70 l’année dernière.

Des valeurs limites basses

La connaissance des dangers que présentent les fibres d’amiante a contraint le législateur à agir. Les valeurs limites applicables en Suisse depuis 2002  pour les concentrations de fibres d’amiante respirables par mètre cubique d’air (FAR/m3) sont particulièrement basses: pour les locaux d’habitation et les locaux où l’on séjourne longtemps tels que les classes d’école, les valeurs supérieures à 1000 FAR/m3 ne sont ici pas tolérées. La prévention la plus efficace est de ne pas libérer dans l’air de fibres d’amiante. Malheureusement cela n’est pas toujours possible.

Un assainissement coûteux des bâtiments renfermant de l’amiante

Souvent lors de travaux de rénovation on découvre de manière inopinée de l’amiante. Roger Achermann, de l’ARGE Achermann AG à Dübendorf, une entreprise spécialisée dans l’élimination de l’amiante dans les bâtiments, a décrit comment procéder dans ce cas. Il s’agit tout d’abord de suivre de nombreuses prescriptions, depuis l’information des autorités compétentes en passant par l’élaboration d’un concept d’assainissement, de sécurité et d’élimination et jusqu’aux mesures de surveillance et de contrôle pendant et après les travaux d’assainissement proprement dits. «Il va de soi que la sécurité des ouvriers et des spécialistes sur le chantier a la priorité» souligne Achermann. Pour cela, la SUVA a édicté certaines règles: formation spécialisée du personnel, étanchéité hermétique et dépression de la zone à décontaminer, vêtements de protection spéciaux avec alimentation en air extérieure et mesure de surveillances indépendantes doivent assurer à toutes les personnes concernées un maximum de sécurité.

Ce n’est pas demain que les «assainisseurs d’amiante» de Dübendorf manqueront de travail. Au vu de la grande quantité de produits renfermant de l’amiante qui ont été consommés dans la construction au cours des dernières décennies, la découverte inattendue de sites pollués par l’amiante n’est qu’une question de temps.

 

Auteur:
Dr. Matthias Nagel, Lab. Polymères fonctionnels

Pour plus d’informations:
Dr. Michael Romer, Lab. Béton & Chimie de la construction,
tél.. +41 44 823 41 35,

Rédaction (texte et images)
Sabine Voser, Section Communication,
tél. +41 44 823 45 99,